Interview
SFX

Sorte de Pierrot lunaire égaré dans un monde d'androïdes, le personnage interprété par Jude Law dans A.I. s'éloigne franchement des rôles qu'il tenait dans Bienvenue à Gattaca, Le talentueux Mr Ripley, ou encore Stalingrad.


SFX: A.I. va-t-il vous permettre d'exploser en tant qu'acteur ?

Jude Law: On verra, mais en termes de projet, ça a été fascinant. Avant d'accepter un rôle, je lis toujours le livre dont est tiré le scénario et c'est à partir de là que je choisis ou non, de tourner. J'aime toujours ce que je fait. Quand j'ai lu Gattaca, je me suis dit que ça ferait un carton... et je ne comprends toujours pas pourquoi ça n'a pas été le cas. Mais, A.I. est un film de Spielberg, et lui c'est un monument. Alors, on verra bien.

SFX: Pour Gattaca, c'était dû à un mauvais marketing... (celui de A.I. ne fut pas tellement plus efficace... — NdD)

JL: Tout à fait. Il est indispensable d'avoir un support efficace pour favoriser le succès d'un film.

SFX: Et A.I. est distribué différemment...

JL: Oui, c'est du haut de gamme. Comme je le disais, j'ai pris beaucoup de plaisir à tourner A.I. et on m'en a déjà dit beaucoup de bien.

SFX: La célibrité, vous l'avez recherchée ?

JL: Non, pas particulièrement... Je suis acteur parce que j'aime jouer la comédie.

SFX: Quand avez-vous débuté ?

JL: A l'âge de sept ans. J'ai rejoint une troupe de théâtre amateur avec mes parents.

SFX: Ils étaient acteurs ?

JL: Non, pas exactement. Mon père a joué quelques rôles, mais en fait, tous deux sont professeurs. Maintenant, ils dirigent une troupe de théâtre dont ma mère s'occupe en Italie. Elle s'adresse aux étudiants italiens et anglais. D'ailleurs, c'est grâce à ce théâtre, le National Youth Music Theater, que je me suis réellement impliqué. Nous nous entraînions à faire de l'improvisation et on se produisait dans des festivals d'été.

SFX: La compagnie est active en Italie et en Angleterre ?

JL: C'est un peu compliqué. Mes parents vivent en France, ils dirigent la troupe à partir de l'Angleterre, mais elle se produit en Italie.

SFX: A votre avis, ce sont eux qui vont ont insufflé le virus des planches ?

JL: Je crois que oui.

SFX: A l'époque, vous aimiez monter des spectacles ?

JL: Beaucoup.

SFX: Quel genre de truc faisiez-vous ?

JL: Mon Dieu ! Je ne me rappelle pas de tout. Les reconstitutions habituelles... Un peu de tout, en fait.

SFX: Où viviez-vous à ce moment-là ?

JL: C'était après avoir quitté l'Angleterre, et être parti en France. J'ai grandi à Londres, au sud est de Londres.

SFX: Les louanges et l'attention dont vous faites l'objet depuis Ripley vous ont-elles mis à mal à l'aise ?

JL: Je n'aime pas les carrières bâties sur des écrits et des estimations. C'est un peu fatigant quelquefois, mais aujourd'hui c'est le lot de tous les acteurs. Quand on m'a proposé Ripley, je savais bien que ce film serait étudié par les "majors" du marché, et que le public serait beaucoup plus important qu'avant — ne serait-ce que parce qu'Anthony Minghella avait déjà eu beaucoup de succès avec Le Patient Anglais, et aussi grâce à la présence de Gwyneth [Paltrow], de Cate [Blanchett] et de Matt [Damon]. Ça, c'est une distribution ! Je savais que ce film m'aiderait à monter d'un cran. Et, effectivement, ça a été un excellent film qui m'a ouvert des portes et élargi l'éventail de proposition. Cela m'a aussi permis de jouer d'autres styles de personnages, comme dans Stalingrad et A.I.

SFX: Producteur, c'est votre nouvelle casquette ?

JL: Nouvelle ? Non. J'ai dirigé une société pendant cinq ans et j'ai fait partie de l'équipe de production d'eXistenZ. L'année dernière, la société a sorti son premier film, Nora, avec Ewan McGregor et Susan Lynch. Nous en avons d'autres en prévision de sortie rapprochée.

SFX: Qu'est-ce qui vous pousse à la production ?

JL: Vous savez, j'aime bien l'idée d'être un acteur à louer. J'adore pénétrer l'univers de gens comme Jean-Jacques Annaud — le réalisateur de Stalingrad — ou de Steven Spielberg — réalisateur de A.I. J'aime faire mon boulot et ensuite rentrer chez moi. Faire partie de la machine, en être un rouage, ça me plaît. Mais, je lis aussi beaucoup de livres et d'articles plein d'histoires et après je me dis : "tiens, ça ferait un bon film ou une bonne pièce". Travailler avec des scénaristes, développer un projet, introduire tout ce qu'on a appris — en tant qu'acteur — dans le développement de l'écriture, discuter avec les décorateurs... tout est vraiment passionnant. J'apprécie vraiment ce nouveau métier, ça m'a appris à comprendre et à respecter encore plus les tournages. Je suppose que je suis un "touche à tout" [rires], j'imagine que je voulais raconter mes propres histoires.

SFX: La renommée de Jude le producteur commence-t-elle à atteindre celle de Jude l'acteur ?

JL: Oui [rires] ! C'est délicatement dit mais c'est juste. Ça a été difficile, mais ça marche pas mal. Le profil de notre société a prospéré, et Ewan est un de mes associés producteurs en Angleterre. Ce qui n'empêche pas les gens de nous dire : "pourquoi n'avez-vous encore rien fait ?". Ils ne comprennent pas toujours que le processus pour lancer un film prend énormément de temps. Et, on n'a pas envie de faire n'importe quoi. Nous voulons nous assurer que tout est vraiment prêt. Vous savez, ce sont nos bébés. C'est parfois un peu plus difficile, mais pas mal de monde nous prouve de l'intérêt, et a voulu s'impliquer dans l'affaire en y mettant un peu d'argent. C'est vraiment sympa, parce que les gens ont confiance en nous et en nos goûts. Ils savent aussi que nous avons l'expérience appropriée.

SFX: Dans les années quatre-vingts, Channel Four a financé un grand nombre de films en Angleterre. Puis, dans les années quatre-ving-dix, cela a tourné court et l'industrie cinématographique britannique a été du style : "nous allons faire..."...

JL: Oui, je sais. L'industrie cinématographique britannique est bizarre.

SFX: Oui, mais vous y avez toujours des studios !

JL: En effet, il n'y a pas de système bien ancré, ni de véritable foi dans le fait de raconter une histoire. C'est très bizarre... Cela dit, j'ai malgré tout l'impression que le monde de l'industrie est en train de se développer. Vous savez, Etats-Unis, Grande-Bretagne... on travaille tous à des endroits différents, mais en fait il n'y a que des bons ou de mauvais films [rires] !

SFX: A propos de film, quel sera le prochain ?

JL: Road to Perdition de Sam Mendes. Tom Hanks, Paul Newman et moi, avons tourné à Chicago. Et ensuite, il y aura Marlowe.

SFX: Que jouez-vous dans Road to Perdition ?

JL: Un photographe doublé d'un assassin. Il a une obsession : créer le meurtre parfait.

SFX: Quels sont vos critères de choix pour accepter de faire un film ?

JL: A la base, j'aime faire des choses que je n'ai jamais faites avant. Et puis, je pense qu'il est important de bien s'entendre avec le réalisateur. J'ai eu la chance de rencontrer Jean-Jacques [Annaud]. C'est un homme intelligent et passionné, qui sait faire partager son inspiration. Et puis, il a de sacrés antécédents ! C'est vrai que tout ceci est important, mais il faut en plus que le scénario soit bon. Certains ne se basent que sur le scénario et disent : "le scénario est bon. Qui dirige et qui joue ?" Alors, quand on a l'occasion de travailler avec des réalisateurs comme : Anthony Minghella, Jean-Jacques Annaud, Sam Mendes et Steven Spielberg — on se dit : "pas mal non ?!!"

 
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