L’acteur britannique, insolemment beau, n’a pas échappé à l’œil de la maison
Dior : le voilà égérie de son nouveau parfum, Dior Sport Homme. Croisé à
Biarritz, le Golden boy redéfinit pour nous les rapports qu’il
entretient avec la beauté et la masculinité.
Paru le 30.08.2008, par Richard Gianorio
Plage d’Ilbarritz, Côte basque, début de l’été. C’est le spot chic et iodé
choisi par la maison Dior pour lancer son nouveau parfum masculin incarné par
Jude Law, acteur anglais et pretty boy, 35 ans, trois enfants, deux
nominations aux oscars et un cœur d’artichaut qui en fait une proie de choix
pour les tabloïds de son pays (aux dernières nouvelles, sa girlfriend
saisonnière serait le top Lily Cole).
Avec son costume cintré, son tee-shirt en V ouvert sur un torse glabre et ses
boots de cuir, l’élu ressemble ce jour-là à un charmant minet brit pop,
dont les journalistes de sexe féminin (très motivées) ne feraient qu’une bouchée
s’il n’était protégé de leurs assauts par Sarah, publiciste et cerbère.
Rencontre express avec un chic type doublé d’un acteur épatant, qui a toujours
privilégié les contre-emplois afin d’essayer de faire oublier (en vain) son
physique si remarqué.
Madame Figaro. – Vous voilà égérie Dior et donc candidat au
statut d’icône de beauté…
Jude Law. – Icône de beauté ? Je pense que si j’ai été approché
et choisi, c’est plus exactement pour ce petit quelque chose de familier et
d’immédiat qui se dégage de moi et reflète avant tout mon travail d’acteur. Une
attitude, aussi, qui correspond à l’idée du parfum que je représente dorénavant
et d’une marque dont j’apprécie l’élégance, le style et la qualité.
Quelles relations entretenez-vous avec votre physique ?
- J’ai toujours considéré qu’il était très ennuyeux de commenter le physique des
acteurs : Untel est beau, maigre, gros, etc. Il y a des choses plus
intéressantes à véhiculer sur nous, non ? Évidemment, lorsque j’ai débuté, j’ai
été choisi pour ce physique, forcément ; mais je crois qu’à mon âge tout ça est
bel et bien derrière moi. J’ai vieilli et je suis détaché de mon apparence :
lorsque je ne travaille pas, être rasé de près ou tiré à quatre épingles n’est
pas à l’ordre du jour.
Et puis je n’ai jamais été particulièrement coquet ; même adolescent, mon look
n’était pas ma préoccupation principale, quand en Angleterre il subsiste une
tradition quasi culturelle qui lie la musique qu’écoutent les jeunes à la façon
dont ils s’habillent. Moi, à 15 ans, j’étais certes encore fan de Dead Kennedys
et de Generation X, mais le punk était moribond et j’avais déjà autre chose en
tête : le théâtre. J’étais fasciné par le look de certains de mes amis, mais
cela n’était pas pour moi.
À l’heure où les hommes se féminisent, la virilité est-elle encore
une valeur refuge à vos yeux ?
- En tant qu’acteur, j’ai beaucoup joué avec ça ou plus exactement avec son
contraire, l’ambiguïté… Mais je sais très bien que dans la vie, la masculinité,
c’est autre chose : c’est reconnaître que la force passe essentiellement par
l’ouverture aux émotions.
Vous vous qualifiez d’« animal complexe ». C’est-à-dire ?
- Je suis un homme en transition. Je suis à la fois contradictoire et de plus en
plus rassemblé. J’ai 35 ans, je commence à me rapprocher de celui que je suis
vraiment, à me désencombrer et à récupérer mes instincts de base. Tout cela
passe par une quête intérieure : c’est en moi que je vais puiser tout ça, pas à
l’extérieur. Au fond, je suis un grand timide. D’ailleurs, être devenu une
personne publique reste une obligation très contraignante, même si je m’en
arrange, puisqu’elle fait partie du job et me permet accessoirement de régler
mes factures et de payer l’école de mes enfants.
Quelles sont les priorités à l’ordre du jour ?
- Je suis soulagé de vieillir : le petit garçon que j’étais s’éloigne à chaque
minute. Je suis plus calme et plus stable. J’ai changé, comme père et comme
homme. Et, bien sûr, comme acteur. Par exemple, je ne suis plus du tout animé
par l’ambition dévorante d’être numéro un. Ça, c’est une énergie de jeunesse. Ce
qui m’intéresse aujourd’hui, c’est d’être encore plus profondément investi dans
mon travail. Motivé. J’ai pu me retrouver enrôlé dans de grosses machines et en
éprouver un vague sentiment de déception.
Aujourd’hui, mes exigences sont autres. Par exemple, l’idée de renouer avec le
théâtre m’emballe (NDLR : il va jouer Hamlet, à Londres, dirigé par
Kenneth Brannagh). C’est amusant de penser que c’est ce rôle énorme et si
emblématique du répertoire anglais qui me ramène à mes premières amours : la
scène. Oui, d’une manière générale, j’ai l’impression de mieux maîtriser ma vie…
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